Jean Rigollot.

 

 

 Guerre 1914 - 1918.

 

 

 

 Les auxiliaires de l'aéroplane :

Cerfs-volants, ballons captifs, dirigeables.

 

 

 Juin 2002.

 

 

 

Merci à André Blin et Didier Dudal pour l'aide apportée à la construction de ce document.

 

 

 

A la mémoire des Officiers, Sous-Officiers, Caporaux, et Soldats des régiments d'Aérostation morts pour la France. A leurs familles. Aux mutilés et blessés, aux vaillants Observateurs et à tous les Aérostiers qui ont contribué à la Victoire.

 

 

 

"Le génie observateur demande un esprit juste et pénétrant, une imagination vive, une sensibilité profonde " (Marmontel)

 

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ORIGINES ET EVOLUTION DE L'AEROSTATION (1).

 

En 1794, les premiers Aérostiers français sont créés par le Comité de Salut Public. Ils participent au siège de Maubeuge, à la bataille de Fleurus, sont supprimés par Napoléon, avec dissolution en 1797.

En 1870-1871, des ballons libres sont utilisés pour faire communiquer Paris assiégé avec la province. 64 ballons franchissent les lignes prussiennes avec 64 aéronautes, 91 passagers, 363 pigeons voyageurs, et 9000kg de lettres. 5 de ces ballons sont capturés par l'ennemi, 2 sont perdus en mer.

Puis arrivent les essais infructueux de Tissandier dans l'emploi de ballons captifs à l'Armée de la Loire, ainsi que l'insuccès des Allemands avec un ballon captif au siège de Strasbourg.

Après 1870, c'est l'Organisation de l'Aérostation militaire "en temps de paix".

En 1875, le Capitaine Charles Renard installe à Chalais-Meudon un centre d'études, d'expériences, d'instruction, berceau de l'aérostation française.

En 1886, création de 4 Compagnies d'aérostiers à raison d'une dans chacun des 4 premiers régiments du génie. Ces 4 Compagnies sont réunies à Versailles en 1900 et forment le 25ème Bataillon du génie, commandé par Auguste-Edouard Hirschauer (2). A ce moment là, les aérostiers devaient former, à la mobilisation, 8 Compagnies d'aérostiers de Campagne, 4 Compagnies d'aérostiers de Place (Verdun, Toul, Epinal, Belfort).

L'équipement des unités est constitué par un ballon sphérique de 540 mètres cubes, avec treuil à vapeur. Peu de temps après, sont mis en service : Le ballon sphérique de siège de 750 mètres cubes, avec treuil à vapeur de siège ( mises en œuvre due aux Capitaines du génie Pezet et Borschneck). C'est avec ce matériel que les Aérostiers commencent la guerre de 1914. En outre, vers 1910, chaque Grande place forte est dotée de 6 ballons captifs, mis en œuvre par 2 Compagnies d'aérostiers à 3 sections.

 

(1) Honoré Marcel Robert Gogien, grand-père maternel de Jean Rigollot fut appelé bon pour le service armé de la classe 1906 de la subdivision de Langres, canton de Nogent. N° au registre matricule de recrutement : 552. Son temps de service accompli dans l'armée d'active fut de 1 an 11 mois 25 jours. Grade à l'époque de la libération du service actif : Caporal. Nommé Sergent le 17 juin 1915 (Don N° 3768 S.A du chef de Service Aéronautique Xème Armée). Dates des passages et de la libération :

-Dans la disponibilité de l'armée active: 23 septembre 1909.
-Dans la réserve de l'armée active: 1er octobre 1909.
-Dans l'armée territoriale: 1er octobre 1920.
-Dans la réserve de l'armée territoriale: 1er octobre 1926
-Libération définitive du service militaire: 1er octobre 1932.

Campagnes: Contre l'Allemagne du 2 août 1914 au 24 mars 1919. A accompli une période d'exercices dans le 1er Rgt du Génie Cie 7/4 du 5 au 26 juillet 1919. Instruction commencée le 10 octobre 1907 et jugée suffisante pour être mobilisé le 25 février 1908. Instruction terminée le 24 septembre 1909. Elève caporal le 15 novembre 1907, classé 22ème sur 53 avec la note de 15,42. Sergent fourrier le 21 avril 1916. Tir à la cible: 1909. Classé 11ème et récompensé par un "Cor de chasse brodé Or" (Ces données extraites du livret militaire). Honoré Marcel Gogien fut affecté au 1er Groupe d'Aérostation (Epinal) du 4 août 1914 au 27 janvier 1919 (39e Compagnie Automobile d'Aérostiers de Campagne), puis au 3ème régiment du Génie du 28 janvier 1919 au 14 mars 1919. Au moment de la libération, il était Sergent 3ème Génie Cie C/22.

 

 (2) A.E. Hirschauer : Né à St Avold en 1857, décédé en 1943, organisateur de l'aéronautique militaire, gouverneur de Strasbourg en 1918, sénateur de la Moselle en 1920.

 

En 1912, c'est la mise en service d'un certain nombre de dirigeables. La loi du 29 mars 1912 créé des unités d'aviation. Par arrêté ministériel du 28 novembre 1913, les troupes et services d'aviation et aérostation, sont autonomes. L'aérostation, alors, est presque uniquement orientée vers le dirigeable. Dès 1911, sont supprimées les Compagnies d'aérostiers de campagne. En 1913, on décide de ne plus remplacer le matériel des parcs d'aérostation de Place. Le ballon captif est donc destiné à disparaître. Ainsi est la situation au début de la guerre de 1914.

Au premier jour de la mobilisation, les compagnies de Place sont structurées et organisées, mais elles ne doivent pas s'éloigner des camps retranchés auxquels elles sont affectées. Les armées de campagne sont, par conséquent, entièrement dépourvues de ballons captifs alors que les Drachen allemands ascensionnent, profitant du beau temps d'août 1914. Parmi les aérostiers "prisonniers" dans leurs places fortes, le Capitaine Saconney du port d'attache d'Epinal, propose, et obtient du gouverneur d'Epinal, l'autorisation de travailler pour la 1ère Armée en organisant une section automobile d'Aérostiers.

Saconney utilise le ballon normal de 540 mètres cubes des anciennes compagnies d'aérostiers de campagne supprimées, et le treuil automobile de la section des cerfs-volants d'expérience. Saconney, tout en restant affecté à son port d'attache qui est Epinal, travaille, grâce à sa mobilité, pour les formations de campagne autour d'Epinal, parcourant chaque jour, 20 à 40

kilomètres et rentrant chaque soir à son lieu d'affectation. Saconney est l'organisateur, mais aussi le seul observateur. Bientôt, il est rejoint par un simple soldat de la section des cerfs-volants, Tourtay, qu'il forme comme observateur. Devenu très compétent, Tourtay est bientôt promu sergent (au 1er groupe d' Aérostation, 39e Compagnie d'Aérostiers de Campagne. Camarade d'Honoré Marcel Gogien, Sergent-fourrier en mai 1917) puis sous-lieutenant.

Le 28 août 1914, Saconney s'installe sur la Mortagne (à une quarantaine de kilomètres d'Epinal), parcourt le front de l'Est pendant 14 jours, se relie par téléphone avec les premiers canons lourds (2 pièces de 155, 2 batteries de 120 long), règle les tirs, repère des batteries ennemies, signale des mouvements de troupes, surveille les routes. Les résultats de Saconney sont de plus en plus connus, et les armées de l'Est réclament elles aussi le concours des aérostiers. Au cours des 15 premiers jours de septembre, 8 ballons s'évadent des places fortes et opèrent avec elles.

Le 28 septembre 1914, la section d'aérostation du Capitaine Saconney est officiellement constituée en Compagnie d'aérostiers de campagne sous le nom de 30ème Compagnie.

Epiées en permanence par les Drachen allemands, impressionnées, et déçues de ne pas avoir la contre-partie, de ne pas sentir derrière elles des ballons captifs français, toutes les armées demandent des ballons captifs au G.Q.G. Ce dernier réagit en donnant l'ordre à l'aéronautique de procéder au plus vite, à l'organisation de nouvelles compagnies d'aérostiers de campagne.

L'organisation des 26 premières compagnies d'aérostiers est étudiée au G.Q.G par le commandant, devenu plus tard contrôleur, Jaillet - qui dirigea l'aérostation au G.Q.G. d'août 1914 à juin 1915 - et réalisée avec le concours des officiers du ministère : Le lieutenant-colonel Guéry, et le Commandant Do.

En moins de deux ans, les 4 compagnies d'aérostiers de place d'août 1914 sont scindées, se multipliant sans cesse, et parviennent à constituer 75 compagnies d'aérostiers de campagne.

La 39 ème Compagnie (où servit Honoré Marcel Gogien.) fut formée le 1er décembre 1914, constituée par la section de cerfs-volants d'Epinal. Elle fut dissoute le 6 février 1919.

 

CERFS-VOLANTS, BALLONS CAPTIFS, DIRIGEABLES.

 

Si les cerfs - volants, et les ballons captifs rendirent de grands services, en particulier à l'Artillerie, les dirigeables furent des outils dangereux, donnant bien souvent des résultats décevants.

1- LES CERFS - VOLANTS.

Les cerfs-volants sont des dispositifs habituellement utilisés quand souffle un vent violent, empêchant l'utilisation des ballons captifs. Comme ces derniers, ils permettent de repérer des batteries allemandes, et de peaufiner le réglage de l'artillerie en vue de leur destruction.

  1. Grâce à ce procédé, les 1, 4 et 6 décembre 1914, journées très défavorables aux opérations aériennes : Au terme d'une observation de cinq heures, trois batterie allemandes situées entre Bixchoote et Merken sont détruites à coups de 120 et 75, ayant été repérées par leurs lueurs;
  2. Deux batteries allemandes de 77 sont repérées dans la région nord-ouest de Langemarck.
  • Ces cerfs- volants, dont certains modèles de plus petite taille, n'étaient bons qu'à "amuser les enfants" ont rendu d'énormes services à l'artillerie, et naturellement, il faut rendre hommage au courage des observateurs présents dans leurs nacelles suspendues entre ciel et terre durant plusieurs heures ou même toute une journée.
  • Récit de Jacques Mortane ( transcription intégrale).

    "Observation en cerfs-volants sous les bombes".

    Dans la plaine, à l'ouest de W…, les équipes de la compagnie d'aérostiers du capitaine S…déroulent le câble en fil de fer auquel sont fixés plusieurs cerfs-volants supportant une nacelle.

    Emmitouflé dans une épaisse peau de bête, la jumelle au cou, la carte en main le sergent observateur T…prend place dans la nacelle : le câble se déroule.

    "Batteries allemandes de 105 à l' ouest de Bixchoote, presque à la sortie du village; une autre un peu au sud de Merken".- téléphone T…; la nouvelle est transmise à l'artillerie qui exécute un bon travail.

    Mais un sous-officier observateur signale une tache noire, au loin, dans le ciel, au-dessus des lignes ennemies. Le capitaine observe l'avion qui s'avance. "C'est un boche ! A vos carabines!" L'observateur, cependant, continue tranquillement.

    En un clin d'œil, les hommes sont en ligne devant les voitures: sept ou huit feux de salve nourris font reculer et disparaître l'avion.

    "Il l'a senti passer" dit l'un .-"C'est une musique qu'il n'aime pas" ajoute l'autre. Les hommes reprennent leur place. T…continue son observation.


    2- LES BALLONS CAPTIFS.

    Comme les cerfs-volants, les ballons captifs, servis par les aérostiers, ont rendu les mêmes services. Le ballon captif, relié au sol par des câbles fixés à un treuil à vapeur, est sphérique, de 750 m3 (ballon dit "type E", de siège. Il permet l'observation à deux, à 800m d'altitude, seulement par des vents ne dépassant pas les huit mètres à la seconde, c'est à dire à peu près trente Km/h), ou cylindrique (modèle allemand baptisé "Drachen" -dragon- nettement supérieur au sphérique, rapidement construit dès octobre 1914 par l'Etablissement central de Chalais-Meudon 820 mètres cubes, portés plus tard à 900). Rapidement, les spécialistes constatent la mauvaise stabilité du modèle sphérique, et, dès 1914, est développée la célèbre "saucisse", ballon allongé de 800 m3 équipé d'une queue à godets (cylindrique amélioré) comme les cerfs-volants pour en améliorer l'orientation dans le vent. Le treuil à vapeur est remplacé par un treuil automobile.

    Cette "saucisse", avec ses godets, fatigue énormément les câbles et les treuils. C'est pourquoi, en juin 1915, le Capitaine Caquot, officier mobilisé à Toul, développe un modèle ayant la forme d'un poisson. Un an plus tard, verra le jour, la forme avec triple empennage (type M) stable dans les vents violents. Cependant, les "sphériques" et leurs treuils à vapeur (produisant un panache de fumée visible à 20 km, avec une vitesse de ramener de 1,5m à la seconde) sont encore utilisés, mettant presque deux ans à disparaître complètement.

    Ces "plus légers que l'air" sont gonflés avec de l'hydrogène stocké dans des bouteilles métalliques. Ils sont équipés de nacelles en osier où prend place l'observateur. En 1916, il emporte avec lui un parachute (1). La communication est réalisée à l'aide d'un téléphone. (le câble de 9mm comportant une seule âme téléphonique est remplacé par un câble d'un diamètre de 6,8mm plus léger, plus résistant, muni de trois âmes téléphoniques. Les appareils téléphoniques de campagne du début de la guerre sont remplacés par des casques téléphoniques avec parleur permettant de causer sans interrompre l'observation). Il ne faut pas oublier aussi l'armement d'auto-protection, ni la protection des ballons par mitrailleuse.

    Les premiers observateurs recrutés furent surtout des dessinateurs, des géomètres, des architectes, entraînés, par métier, à la perspective. Ce n'est que vers la fin de 1915, qu'il y eut un "ravitaillement" périodique suffisant en Officiers de différentes Armes, et particulièrement en Artillerie. (début 1915, sur six Compagnies participant à la bataille d'Artois, il n'y avait que un ou deux observateurs de rechange, mangeant n'importe où, et fournissant 15 heures d'observation par jour)

    Les aérostiers, les observateurs, courent de grands dangers. Ces ballons captifs, très redoutés de l'ennemi, constituent une cible de choix pour les canons et les avions. Ajoutons à ces données, les caprices de la météorologie, l'événement le plus redouté étant la bourrasque imprévue. (annexe : catastrophe du 5 mai 1916)

    Récit de Jacques Mortane ( transcription intégrale).

    Les manœuvres du ballon de guerre.

    Le ballon monte en oblique, perdant au vent, cinquante pour cent de sa hauteur. Là-haut, dans le bleu, les genoux arc-boutés, les deux mains sur la jumelle, l'observateur regarde, cherche sans sentir la fatigue, le but qu'il faut atteindre…On attend.

    Soudain, l'appel du téléphone grince: l'observateur a vu quelque chose et, de sa nacelle, il "cause":

    Quelques secondes, puis "Baoum! Baoum!"

    Le téléphone grince à nouveau :

    - Trop long de cinquante mètres, encore trois millimètres à droite.

    "Baoum! Baoum!"

    - Trop court de trente mètres!

    "Baoum! Baoum!

    Alors, aussitôt, la batterie fait rage. Pendant dix, quinze minutes, c'est un fracas épouvantable. Puis le téléphone interrompt :

    Voilà un coin de nettoyé, une tranchée "bouzillée", une ferme fortifiée enlevée.

    (1) Monsieur Juchmes, constructeur et Lieutenant Aérostier de réserve, parcourut alors le front en tournée de démonstration avec le marin Duclos, qui sauta 23 fois devant les cadres des différentes compagnies.

    3- LES DIRIGEABLES.

    Les dirigeables eux, sont équipés de moteurs pour être "dirigés". Dans un ordre qu'il adresse aux troupes le 18 septembre 1914, le général Joffre écrit (afin d'éviter de fâcheuses confusions) :

    "Les dirigeables type zeppelin ont la forme d'un cylindre allongé de couleur grise, terminé par deux pointes arrondies. Ils ont deux nacelles qui font presque corps avec le ballon et forment simplement deux saillies en dessous. Les dirigeables français ont la forme d'un gros poisson, c'est à dire d'une forme effilée vers l'arrière, ils sont de couleur jaune."

    Quelques dirigeables français célèbres et leurs exploits:

    Le Fleurus. Il bombarda la gare de Trèves, et deux campements allemands en Belgique.

    Le Conte. Il lança des bombes et des obus sur la gare de Sarrebourg, des bombes, des obus, des fléchettes sur un train en gare de Petit-Eich, des obus sur la gare d'Imling, 520 kilos de projectiles sur la gare de Fribourg-en-Brisgau et les hangars de la société Aviatik.

    L'Adjudant Vincenot lança 200 kilos de projectiles sur la bifurcation de Busigny, effectua une reconnaissance de sept heures dix dans la région de Tournai, Courtrai, Valenciennes, Bohain.

    Quelques actions attribuées aux Zeppelins.

    Bombardement d'Anvers : 26 tués plus 12 près de deux ambulances.

    Bombardement de la gare d'Ostende.

    Bombardement de Bielostock (Russie) : 11 enfants d'une école tués.

    Bombardement de Varsovie: 90 morts, 50 blessés, 2 maisons détruites.

    Bombardement de Nancy par temps de brouillard : 2 tués.

    Bombardement de Yarmouth , King's Lynn, Blyth, Bedlington, Cramlington, Choffington, Seaton Delaval, Wallsend, Helburn, Faversham, Sittinhourne, Maldon, Lowwestoft, Southwold,…. (Angleterre) : 3 tués. Globalement, dégâts matériels jugés minimes.

    Bombardement de Calais : 12 tués.

    Attaque de Paris:

    Deux bombes sur Ménilmontant : Feux de combles.

    Avenue de St Ouen : Presque pas de dégâts.

    Neuilly : Début d'incendie.

    Saint-Germain : 4 tués.

    Compiègne : Peu de dégâts.

    Ribecourt et Drelincourt.

    Si, d'après Jacques Mortane, "les morts sont relativement minimes et les résultats militaires nuls", les pertes au niveau des dirigeables allemands semblent elles, beaucoup plus importantes. Certains sont abattus (Exemple: "exploit" du Sous-lieutenant anglais Warneford qui fit "exploser en l'air" un zeppelin, tuant ses 28 passagers), détruits par la tempête, capturés, perdus en mer, échoués dans les arbres, partent à la dérive.

    Le comte Zeppelin lui-même avoue en mars 1915 : Nos pertes ont été beaucoup plus importantes que nous l'avions prévu. C'est ainsi que nous avons eu neuf ballons dirigeables mis hors d'usage depuis le commencement de la guerre"

    Et Jacques Mortane de conclure son article en écrivant : " Pour que le Comte Zeppelin avoue neuf pertes, il est certain qu'elles doivent au moins atteindre le double".

    A l'époque où il écrit son article, Jacques Mortane estime à 1.500.000 f le coût d'un zeppelin, sans compter les frais de hangar, de gonflement, et autres accessoires. Il estime aussi que les victimes les plus nombreuses sont surtout les attaquants (passagers et servants du zeppelin) que les attaqués (les cibles), et se livre à une réflexion qui terminera cet article " On se demande si ce n'est pas de la folie de continuer à se servir d'engins aussi peu pratiques et aussi illusoires"

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     ANNEXES.

     

    (A1) Statistique de travail effectué par quelques Compagnies d'Aérostiers pendant la campagne 1914-1918.

    Du 28 septembre 1914 au 11 novembre 1918, la 30e Compagnie d'Aérostiers ascensionna 3468 heures, repérant pendant ce temps, 1146 batteries ennemies, et effectuant 1369 observations de tir.

    Du 1er décembre 1914 au 11 novembre 1918, la 39e Compagnie, en 3500 heures d'ascension, repéra 2800 batteries et observa 1700 tirs.

    Du 1er janvier 1916 au 30 septembre 1918, la 59e Cie d'Aérostiers a effectué 2510 heures d'observation, 950 réglages, et repéré 1795 batteries en ascension.

    · Cette unité, d'ailleurs particulièrement exposée pendant une partie de cette période à un saillant du front de Verdun, a subi 22 attaques effectives par avion, dont 12 suivies d'incendie du ballon. Elle a eu 13 ballons détériorés par le canon qui a coupé trois fois le câble d'ascension. Il a été effectué 18 descentes en parachute.

     

    (A2) Lieutenants Staehlé et Brillaud de Laujardière.

    A la bataille du 25 septembre 1915, le lieutenant Staehlé repéra un groupement mal abrité d'artillerie de campagne ennemie, et régla si heureusement les tirs, qu'il vit les caissons sauter dans l'ordre même où ils étaient rangés, de la gauche à la droite, un à un jusqu'au dix -huitième et dernier.

    Grâce à l'observation du lieutenant Brillaud de Laujardière, réalisée sur une distance de 17 à 18 kilomètres, une pièce de marine de 164,7 put démolir, entre le 1er septembre et le 23 novembre 1916, 5 Drachen campés. Ils furent déchirés ou incendiés.

     

    (A3) Exemples de renseignements statistiques fournis par l'observateur en ballon.

    Le 19 juin 1916, de 6h à midi, le ballon 52 signala 56 trains en circulation sur les voies ferrées de Longuyon-Conflans, Dommary-Baroncourt-Audun Le Roman.

    · Ce renseignement permit de prévoir l'attaque du lendemain 20 juin sur la rive droite de la Meuse.

    Le 19 septembre 1916, le ballon 39, dans la Somme, signala le passage de 35 trains sur les voies ferrées au Nord de Péronne.

    · Ce renseignement permit de prévoir l'attaque que les Allemands dirigèrent le lendemain sur Bouchavesnes, et qui fut leur plus grosse réaction pendant toute la bataille de la Somme.

     

    (A4) Relevé comparatif des observations d'artillerie faites par les avions et les ballons.

    L'Offensive du Chemin des Dames 5e Armée - 3 Corps d'Armée - 17 ballons.

     

    Aérostation.

    Aviation.

    1- Batteries vues en activité(1)

    1059

    0315

    2- Accrochages, contrôles

    0235

    0074

    3- Tirs de contre-batterie

    0165

    0209

    4- Tirs de destruction

    0405

    0109

    Total (lignes 2 à 4)

    0805

    0392

    (1) Pour les statistiques des batteries vues en activité, s'additionnent les repérages faits par différents observateurs. Par conséquent, une même batterie peut être comptabilisée plusieurs fois.

     

    (A5) La catastrophe du 5 mai 1916 ou, comment naquit un réseau météorologique à l'arrière.

    Depuis plus d'un an, les ballons observaient à longueur de journée, quelles que fussent les intempéries.

    Un jour de calme plat, et orageux, le 5 mai 1916, un grain se déclencha du Sud au Nord, avec une violence inouïe et arracha sur tout le front, 24 ballons avec 28 observateurs qui furent emportés dans d'effrayantes conditions. Dix huit sautèrent à temps dans les lignes, neuf furent faits prisonniers, il y eut cinq tués et deux blessés (dont le Lieutenant Couderc de St Chamond, accroché dans sa descente par la queue d'un Drachen à laquelle il put se cramponner, voyageant ainsi dans un godet d'orientation. Il atterrit en Belgique en se fracturant la clavicule)

    · Cette sévère leçon entraîna l'organisation d'un réseau météorologique à l'arrière.

     

    (A6) Après la bataille de Verdun.

    Dans la Revue de Paris de novembre 1918, J. Bedier nous apprend que, si les Aérostiers ont obtenu de grands résultats dès les premiers jours de la guerre, c'est surtout à partir de la bataille de Verdun que furent récoltés en abondance les fruits des efforts. En effet, à partir de cet événement, les 75 Compagnies se concentrent et se distribuent selon des règles qui sont celles de la bataille d'Artois, mais élargies.

    En période active, dans un secteur tenu par deux divisions d'infanterie, on compte 2 ballons divisionnaires et un ballon d'artillerie lourde. Dans un secteur tenu par trois divisions d'infanterie, on compte trois ballons divisionnaires et deux ballons d'artillerie lourde plus un ballon d'armée.

    Il y en eut même davantage à la bataille de la Somme. Dans son rapport sur cette bataille, le général F. von Below écrit que les ballons français "innombrables, se pressaient au-dessus des lignes comme les grains d'une grappe de raisins". Sans doute y a-t-il là un peu d'exagération, mais, au cours d'une action offensive, on compte au moins un ballon par kilomètre sur le front d'attaque.

     

     (A7) L'uniforme des aérostiers.

    Dans la préface de "Historique des 1er et 2ème Régiments d'aérostation d'Observation pendant la campagne 1914-1918", le général Hirschauer écrit : Quand fut arrêté pour toute l'armée l'uniforme bleu horizon, on distingua les différentes armes par des écussons de couleur différente; on oublia l'Aéronautique, et quand je fis réparer cet oubli, toutes les couleurs étaient distribuées : le bleu que j'aurais voulu pour les troupes aériennes, était donné à la cavalerie. Il ne restait plus que l'orange, qui fut attribué à l'aéronautique, écusson noir et chiffres orange pour les aérostiers, écusson orange et chiffres noirs pour les aviateurs".

    La photo d'Honoré Marcel Gogien en grande tenue nous montre cinq détails intéressants:

     

    (A8) Quelques personnes de la 39e Compagnie d'Aérostiers de Campagne côtoyées par Honoré Marcel Gogien.

     

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    BIBLIOGRAPHIE

     

     Bedier Joseph : Nos Aérostiers. Revue de Paris 1918.1. Année 25.T.6. Nov-Déc. Pages 17 à 50 et 225 à 241.

    Bienvenue (Colonel): Historique de l'aérostation. Ecole Militaire et d'Application de l'Armée de l'Air. Versailles. Edition 1934. (Document découvert par André Blin).

    Breguet Emmanuel : La Reconnaissance aérienne et la Bataille de la Marne (30 août-3septembre 1914). In Revue Historique des Armées, N°1, 1987.

    Chadeau Edmond : Le Général Hirschauer. In La Revue Historique des Armées N°3. 1993.

    Costelle Daniel : L'histoire de l'aviation. Larousse.

    Duffet Jean-Louis : Le parc aéronautique de Beauval jusqu'en 1914. In Bulletin de la Société Littéraire et Historique de la Brie, volume 52, 1997.

    Jullian Marcel : La grande Bataille dans les Airs, 1914-1918. Cercle du livre d'Histoire, 1967, 265 pages.

    Mortane Jacques : Cerfs-volants, ballons captifs, dirigeables. Revue "Je sais tout" N° 115 du 15 juin 1915. (Document découvert par André Blin.)

    Patart (Lieutenant-Colonel) : Historique des 1ers et 2ème régiments d'aérostation d'observation pendant la campagne 1914-1918. Préfacé par le général Hirschauer. Librairie militaire universelle L. Fournier à Paris. 1923. (Livre découvert par André Blin).

    Revue Historique des Armées : Numéro 175, juin 1989, pages 130-131.

    Archives familiales (Jean Rigollot) : Notes, photos et documents divers inédits (Ayant appartenu à son Grand-Père maternel: M. Gogien, Aérostier 14-18).

     

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